Plantes médicinales
Des plantes utiles avant d'être décoratives
Le jardin d'agrément et le jardin utile se sont séparés il y a deux siècles ; ils se rejoignent aujourd'hui. Les plantes médicinales — celles qu'on appelait autrefois les simples — occupaient une place réservée près de la cuisine dans tous les jardins, et elles reviennent pour une raison simple : ce sont, pour la plupart, d'excellentes plantes de jardin qui se trouvent avoir d'autres usages.
Beaucoup sont aromatiques, mellifères, résistantes à la sécheresse et peu attaquées par les ravageurs. Autrement dit, elles cochent des cases que le jardinier recherche de toute façon. Que l'on s'intéresse ou non à leurs propriétés, elles méritent leur place dans un massif.
Une précision utile avant tout : cette page traite de la culture de ces végétaux au jardin — leur plantation, leur exposition, leur récolte et leur séchage. Elle ne donne aucun conseil d'usage thérapeutique. Les propriétés des plantes, leurs contre-indications et leurs interactions relèvent d'un professionnel de santé ou d'un herboriste, et plusieurs de ces espèces sont actives, y compris de façon indésirable.
Ce que ces plantes ont en commun au jardin
Elles proviennent d'horizons botaniques très différents, mais un fil les relie sur le plan cultural.
Elles préfèrent les sols pauvres. C'est le point le plus contre-intuitif et le plus important. Les principes actifs — huiles essentielles, alcaloïdes, tanins — sont souvent des molécules de défense, que la plante produit d'autant plus qu'elle est un peu contrainte. Sur un sol riche et bien arrosé, elle fait du feuillage abondant, tendre et dilué. Sur un sol maigre et drainant, elle produit moins de matière mais nettement plus concentrée. Moins d'engrais donne une meilleure plante.
Elles demandent du soleil. La grande majorité vient de milieux ouverts — garrigues, prairies sèches, lisières lumineuses. Une exposition sud ou sud-ouest, six heures de soleil minimum, est la règle. Quelques espèces de sous-bois font exception et se plantent alors avec les plantes pour zone ombragée.
Elles craignent l'humidité hivernale. Bien plus que le froid. Sur un sol lourd, le collet pourrit en février alors que la plante aurait supporté −15 °C sans dommage. Plantation sur butte et gravier grossier au fond du trou règlent la question. Cette exigence les rapproche de nos plantes pour terrain sec, avec lesquelles elles se marient naturellement.
Trois familles à distinguer
Les sous-arbrisseaux aromatiques. Persistants, à feuillage souvent gris ou étroit, issus du pourtour méditerranéen. Ils forment la structure permanente du carré et restent présents en hiver. Leur point faible est la base, qui se dégarnit si on ne les rabat pas légèrement chaque année après floraison — jamais dans le vieux bois, qui ne reperce pas.
Les vivaces herbacées. Elles disparaissent ou se réduisent en hiver et repartent au printemps. Ce sont elles qui donnent le volume et les floraisons de la belle saison, et elles se divisent tous les trois à quatre ans pour être rajeunies et multipliées.
Les grimpantes et les ligneuses. Quelques espèces à port grimpant ou arbustif complètent le registre, utiles pour habiller un support ou structurer le fond d'un carré.
Un massif équilibré combine les trois : les aromatiques persistants en ossature, les vivaces pour la saison, et une ou deux ligneuses en arrière-plan. L'ensemble se complète bien avec nos plantes vivaces et nos plantes parfumées, dont le recoupement avec ce registre est important.
Dessiner un carré de simples
La forme traditionnelle — un carré divisé en quatre, avec un point central et des allées entre les planches — n'est pas une coquetterie historique. Elle répond à trois contraintes pratiques qui restent valables.
L'accès. On récolte ces plantes souvent, par petites quantités, et parfois par temps humide. Des planches d'un mètre vingt maximum de large, accessibles des deux côtés sans marcher dedans, changent complètement l'usage quotidien.
La séparation. Certaines espèces s'étendent par rhizomes et colonisent tout ce qui les entoure en trois saisons — les menthes en sont l'exemple classique. Les planches séparées, ou la culture en pot enterré pour les plus envahissantes, évitent d'avoir à tout reprendre.
L'identification. Plusieurs de ces plantes se ressemblent beaucoup au stade jeune feuillage, et certaines ont des sosies toxiques dans la nature. Un plan écrit et des étiquettes durables ne sont pas du zèle : c'est ce qui permet de récolter en sachant exactement ce qu'on cueille.
Placez le carré près de la cuisine ou d'un passage quotidien. Un carré de simples au fond du jardin n'est jamais utilisé, exactement comme une plante parfumée hors d'un lieu de passage.
Planter
L'automne convient aux espèces rustiques et bien drainées ; le printemps, après les dernières gelées, reste plus sûr pour les espèces méditerranéennes, qui aborderont ainsi leur premier hiver bien installées.
La préparation du sol tient en trois points : décompacter en profondeur, améliorer le drainage par un apport de sable grossier ou de gravier si la terre est lourde, et surtout ne pas enrichir. Un compost très décomposé en faible quantité suffit ; un apport généreux d'azote se paie en dilution des principes actifs et en plantes molles, plus sensibles au froid.
Espacez selon le développement adulte — trente à quarante centimètres pour les petites vivaces, cinquante à quatre-vingts pour les sous-arbrisseaux. Un carré planté trop dense devient impraticable et favorise les maladies fongiques par manque de circulation d'air.
Paillez de préférence au gravier ou à l'ardoise pilée pour les méditerranéennes, qui redoutent l'humidité contre le collet, et à la matière organique pour les espèces de sol frais. Arrosez régulièrement la première saison, puis très peu : une fois installées, la plupart se passent d'arrosage.
Récolter au bon moment
La concentration en principes actifs varie énormément selon le moment de la récolte. Quatre repères couvrent l'essentiel.
Les feuilles se récoltent avant la floraison, quand la plante a constitué ses réserves sans les avoir engagées dans la fleur. Sur les espèces à floraison tardive, cela signifie souvent la fin du printemps.
Les fleurs se cueillent juste à leur ouverture, jamais fanées. Sur une inflorescence qui s'ouvre progressivement, on récolte en plusieurs passages.
Les racines se prélèvent à l'automne, après que la partie aérienne a jauni, ou en fin d'hiver avant le redémarrage — c'est là que la réserve est maximale.
Les graines se récoltent à maturité complète, quand les capsules brunissent, avant qu'elles ne s'ouvrent d'elles-mêmes.
L'heure compte aussi : le milieu de matinée, après l'évaporation de la rosée et avant la chaleur, est le moment où la concentration en huiles essentielles est la plus élevée. Et ne prélevez jamais plus du tiers d'un pied en une fois, sous peine de l'épuiser.
Sécher et conserver
Le séchage est l'étape où l'on perd le plus, et il tient à quatre conditions simples.
À l'ombre, toujours. La lumière directe dégrade les huiles essentielles et fait virer les couleurs. Un grenier, une remise ventilée ou une pièce sombre conviennent.
Ventilé. En petits bouquets suspendus tête en bas, ou à plat sur une claie. Des tas épais fermentent et moisissent au cœur.
Rapide et tiède. Idéalement entre 20 et 35 °C, et moins de deux semaines. Un séchage trop lent laisse le temps aux moisissures de s'installer ; un séchage trop chaud volatilise ce qu'on cherchait à garder.
Conservé à l'abri. Une fois sèches — les feuilles doivent craquer entre les doigts — les plantes se rangent dans des bocaux hermétiques opaques, étiquetés avec le nom et la date. La plupart perdent l'essentiel de leurs qualités au bout d'un an ; les racines tiennent un peu plus longtemps.
Un carré qui nourrit aussi les insectes
C'est un effet secondaire considérable et rarement anticipé. La plupart de ces espèces sont d'excellentes mellifères, à floraison longue et étalée, et un carré de simples devient très vite l'endroit le plus fréquenté du jardin.
Deux conséquences pratiques. D'abord, ne récoltez jamais la totalité des fleurs : en laisser une partie monter et fleurir entretient la ressource et permet aux plantes de se ressemer seules. Ensuite, la proximité d'un potager ou d'un verger en profite directement — une meilleure fréquentation par les pollinisateurs au printemps se traduit en nouaison sur les arbres fruitiers.
Pour prolonger cette ressource sur toute la saison, complétez avec nos plantes mellifères. Et si votre intérêt va vers ce qui se mange plutôt que ce qui se soigne, notre sélection plantes et baies comestibles couvre ce registre.
Nos plants, cultivés à Plessala
Les Pépinières Rouxel produisent en pleine terre dans les Côtes-d'Armor. Pour ce registre, le mode de culture a un effet direct : une plante élevée dehors, sur un sol qui ne la gâte pas et exposée au vent réel, synthétise davantage de composés actifs qu'un sujet forcé sous abri en conditions confortables. Un plant élevé au dehors est plus concentré, et il le reste chez vous.
Nous expédions dans toute la France, avec les indications de plantation. Pour partir d'une contrainte de terrain plutôt que d'un usage, la rubrique plantes par besoin filtre selon l'exposition et la nature du sol, et l'ensemble de la gamme se parcourt dans plantes extérieures.
Questions fréquentes
Peut-on les cultiver en pot ?
Oui, et c'est même recommandé pour les espèces traçantes comme les menthes, qui envahissent une planche entière en deux ou trois saisons. Prévoyez un bac d'au moins trente centimètres de profondeur, un substrat plutôt pauvre et très drainant, et un arrosage suivi en été — un pot sèche beaucoup plus vite qu'une pleine terre. Une jardinière près de la cuisine reste la solution la plus utilisée au quotidien.
Faut-il les protéger l'hiver ?
Rarement du froid, souvent de l'humidité. La plupart de ces espèces sont rustiques et supportent des gelées sévères ; ce qui les tue est l'eau stagnante autour du collet pendant les mois pluvieux. Un sol drainant et une plantation légèrement surélevée valent mieux que n'importe quelle protection thermique. En pot, remontez le bac sur des cales pour que l'eau s'évacue librement.
Se ressèment-elles toutes seules ?
Beaucoup, oui, dès lors qu'on laisse une partie des fleurs monter en graines. C'est souvent une bonne chose — cela renouvelle les pieds vieillissants sans intervention — mais quelques espèces se ressèment avec beaucoup d'enthousiasme. Si vous ne voulez pas les voir coloniser, coupez les inflorescences juste après la floraison, avant la maturité des graines.