Conifères

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Sortir du procès fait aux conifères

Une génération de haies de thuyas monospécifiques, plantées trop serrées et taillées au carré, a suffi à donner mauvaise réputation à une famille entière. C'est dommage, parce que les conifères couvrent en réalité l'une des palettes les plus larges du monde végétal : des sujets nains de trente centimètres aux grands arbres de trente mètres, des ports rampants aux colonnes étroites, des feuillages bleutés, dorés, argentés ou vert sombre.

Leur intérêt tient à une qualité qu'aucune autre famille n'offre au même degré : la permanence. En janvier, quand les caducs sont réduits à des silhouettes de branches et que les vivaces ont disparu sous terre, ce sont eux qui font encore exister le jardin. Un jardin sans aucun persistant n'est pas un jardin quatre mois par an.

La bonne manière de les employer n'est donc pas d'en faire un écran continu, mais de les répartir comme des points d'ancrage dans une composition par ailleurs variée.

Les ports, et l'usage de chacun

À espèce égale, c'est le port qui décide de ce qu'on peut faire d'un conifère.

Le port colonnaire ou fastigié. Étroit, dressé, très peu encombrant au sol. Il apporte de la verticalité dans un massif plat, marque une entrée, ou rythme une allée. C'est aussi la seule façon d'obtenir de la hauteur dans un jardin de ville sans sacrifier de surface au sol. Le registre complet des sujets étroits se trouve dans nos arbres au port colonnaire.

Le port conique ou pyramidal. La silhouette classique, large à la base et effilée au sommet. Elle demande de la place et se met en valeur isolée, sur une pelouse ou en fond de perspective, plutôt que noyée dans un massif.

Le port rampant ou tapissant. Quinze à quarante centimètres de haut pour un à trois mètres de large. Ce sont les conifères des talus, des rocailles et des bordures — ils tiennent la terre, suppriment le désherbage et couvrent des surfaces que rien d'autre ne tient durablement.

Le port nain et globuleux. Des boules régulières de quarante centimètres à un mètre, qui ne demandent aucune taille pour garder leur forme. Le choix évident pour les petits massifs, les bordures et la culture en bac.

Le port pleureur. Des branches retombantes qui donnent une silhouette très graphique. À réserver aux sujets isolés, là où on les regarde : noyé dans une masse, l'effet est perdu.

Les couleurs de feuillage

C'est l'aspect le plus méconnu, et celui qui permet de composer sans une seule fleur.

Le vert sombre est le fond par excellence. Il recule visuellement, creuse la perspective et fait ressortir tout ce qu'on place devant — une floraison blanche ou un feuillage doré n'existent vraiment que sur ce fond-là.

Le bleuté et le glauque apportent une note froide et lumineuse, qui agrandit visuellement un espace. Ils donnent leur meilleur au soleil, où la couche cireuse responsable de cette teinte se développe pleinement.

Le doré et le jaune éclairent, en particulier en hiver où ils tranchent sur l'ensemble éteint du jardin. Attention à ne pas les multiplier : quelques sujets suffisent à donner la lumière, dix produisent un effet désordonné.

Certaines variétés changent par ailleurs de teinte selon la saison, virant au bronze ou au pourpre sous l'effet du froid — un intérêt supplémentaire que l'on découvre souvent sans l'avoir cherché.

La règle absolue : ne jamais tailler dans le vieux bois

C'est la seule chose à retenir impérativement, et l'erreur la plus coûteuse qu'on puisse commettre sur cette famille.

La grande majorité des conifères — thuyas, cyprès, chamaecyparis, genévriers, épicéas — ne repercent pas sur le bois âgé et dégarni. Si vous coupez une branche au-delà de la zone verte, à l'endroit où il ne reste que du bois brun sans aiguilles, cette branche ne repoussera jamais. Le trou est définitif, et sur une haie il ne se refermera pas.

La conséquence pratique est simple : on taille peu et souvent, jamais beaucoup d'un coup. Une taille légère annuelle, qui reste toujours dans la partie verte, maintient une haie ou une forme indéfiniment. Une haie laissée à l'abandon dix ans puis rabattue sévèrement ne se rattrape pas — il faut la remplacer.

Quelques genres font exception, notamment l'if, qui reperce sur le vieux bois et supporte des rabattages sévères. C'est ce qui en fait le conifère de choix pour les topiaires et les formes travaillées, aux côtés de nos topiaires.

Le calendrier : une taille en fin de printemps, après la première poussée, et éventuellement une seconde en fin d'été. Jamais en pleine chaleur, jamais par temps de gel.

Planter un conifère

La plantation se fait de préférence de septembre à novembre, ou en mars-avril. La période automnale reste la meilleure : le sol est encore chaud, les pluies reviennent, et la plante s'enracine avant l'été suivant.

Le point critique est le drainage. La grande majorité des conifères supportent mal les sols gorgés d'eau en hiver : les racines y asphyxient et la plante jaunit par le bas avant de dépérir. Sur un terrain lourd, plantez sur une butte de quinze à vingt centimètres — c'est ce qui sauve le plus de sujets, bien avant toute considération de fertilité.

Trempez la motte jusqu'à saturation avant plantation : une motte de conifère sèche est très difficile à réhumidifier une fois en terre, et beaucoup d'échecs de reprise n'ont pas d'autre cause. Creusez large, décompactez le fond sans terreau pur, et surtout ne plantez pas plus profond que le niveau d'origine — le collet doit rester dégagé.

Paillez ensuite sur sept à dix centimètres en dégageant la base, et arrosez copieusement et espacé pendant les deux premières saisons — deux, pas une. C'est plus long que pour la plupart des végétaux, parce que les conifères reconstruisent lentement leur système racinaire après plantation.

Composer une haie qui dure

Si votre projet est une haie, la leçon des thuyas des années 1980 mérite d'être retenue : une haie monospécifique est une haie fragile. Un ravageur ou une maladie, et c'est tout le linéaire qui tombe en même temps — avec, à la clé, un arrachage complet.

Mélangez quatre à cinq essences au minimum, en alternant conifères et feuillus persistants, et acceptez une silhouette moins régulière. Vous obtiendrez un écran plus résistant, plus intéressant visuellement, et qui ne s'effondre pas d'un bloc.

Côté distances, l'erreur habituelle est de planter serré pour « fermer plus vite ». Un espacement de quatre-vingts centimètres à un mètre selon les espèces donne une haie dense en quatre à cinq ans, avec des sujets qui gardent leur base garnie. À cinquante centimètres, la haie ferme en trois ans puis se dégarnit par le bas faute de lumière — et cela ne se rattrape pas.

Rappelez-vous enfin la règle de distance : une plantation dont la hauteur adulte dépasse deux mètres doit être installée à deux mètres au moins de la limite séparative, mesurés depuis le milieu du tronc.

Les conifères dans un petit jardin

Contrairement à l'idée reçue, c'est là qu'ils rendent souvent le plus service — à condition de choisir des sujets dont la taille adulte correspond réellement à l'espace.

Les variétés naines et compactes atteignent leur format final en huit à dix ans et s'y maintiennent, sans jamais imposer de taille de contention. Un sujet globuleux au centre d'un massif bas, deux ou trois formes rampantes en bordure, une colonne étroite pour la verticale : voilà une structure complète sur quelques mètres carrés, qui tient toute l'année.

La culture en bac fonctionne bien avec les variétés naines, avec trois exigences : un contenant d'au moins cinquante centimètres, un drainage impeccable, et un arrosage suivi y compris en hiver — un conifère en pot sous un auvent ne reçoit jamais la pluie et continue de transpirer toute l'année. C'est la première cause de perte en bac, loin devant le gel.

Pour compléter ces compositions, nos arbustes d'ornement de petite taille restent dans le même gabarit.

Les associer

Un massif entièrement composé de conifères devient rapidement lourd et figé. Ils donnent leur meilleur en association.

Avec les graminées, le contraste est particulièrement réussi : la masse dense et immobile du conifère contre le mouvement et la transparence des inflorescences, avec une saison d'intérêt qui se prolonge tout l'hiver puisque les graminées sèchent sur pied.

Avec les plantes de terre de bruyère, l'association est classique et cohérente sur le plan agronomique : mêmes exigences de sol acide et drainant, et les floraisons printanières des azalées et rhododendrons ressortent particulièrement bien sur un fond vert sombre.

Avec les feuillages caducs enfin, le conifère joue le rôle de fond permanent : il fait exister les colorations d'automne devant lui, puis prend le relais quand elles sont tombées. Voir nos plantes caduques et nos plantes persistantes pour équilibrer les deux registres.

Dans un jardin japonais, enfin, les conifères — pins en tête — sont au premier plan, taillés en plateaux pour révéler le dessin des charpentières.

Diagnostiquer un conifère qui jaunit

Trois causes couvrent presque tous les cas, et se distinguent par l'endroit où le jaunissement apparaît.

Par le bas et l'intérieur, progressivement. C'est le plus souvent normal : les aiguilles les plus anciennes, privées de lumière, meurent et tombent. Un nettoyage à la main suffit.

Par le bas, avec un brunissement qui remonte. Signe d'excès d'eau au niveau des racines. Vérifiez le drainage et l'épaisseur du paillage contre le collet.

Par le haut ou sur une branche entière, brutalement. Sécheresse sévère, souvent datant de l'été précédent, ou maladie du bois. Sur un sujet récemment planté, c'est presque toujours un manque d'eau au cours des deux premières saisons.

Dans tous les cas, souvenez-vous que la partie brunie ne reverdira pas : on supprime la branche entière à son point de départ plutôt que de la raccourcir.

Nos conifères, cultivés à Plessala

Les Pépinières Rouxel produisent en pleine terre dans les Côtes-d'Armor. Pour des conifères, l'élevage en extérieur compte doublement : le système racinaire s'y développe davantage, et le feuillage formé sous le vent atlantique est nettement plus coriace que celui d'un sujet forcé sous abri, qui brunit souvent lors du premier hiver après plantation.

Nous expédions dans toute la France, mottes protégées. Pour une haie complète ou un projet d'aménagement, contactez-nous : nous adaptons les espèces, les tailles et les espacements au terrain. Pour explorer le reste de la gamme, voyez nos plantes extérieures, nos arbres et arbustes d'ornement, ou partez de votre contrainte de terrain avec plantes par besoin.

Questions fréquentes

Les conifères acidifient-ils le sol ?

Très peu, et beaucoup moins qu'on ne le dit. Les aiguilles tombées sont légèrement acides, mais leur effet sur le pH du sol reste marginal et très superficiel. Ce qui empêche réellement les plantes de pousser au pied d'un conifère, c'est la combinaison de l'ombre dense, de la sécheresse créée par les racines superficielles, et du feuillage qui intercepte la pluie — pas l'acidité.

Peut-on rattraper une haie de conifères dégarnie par le bas ?

Non, dans la plupart des cas, parce que la zone dégarnie est du bois âgé qui ne reperce pas. Trois solutions de contournement : planter une bande d'arbustes bas devant pour masquer la base, remplacer les sujets les plus atteints un par un, ou accepter de reprendre la haie entièrement. C'est la raison pour laquelle l'espacement initial et la taille annuelle comptent autant sur cette famille.

Faut-il arroser un conifère en hiver ?

En pleine terre, non, sauf lors d'un hiver exceptionnellement sec sur un sujet planté depuis moins de deux ans. En bac, oui : c'est même indispensable. Un conifère en pot garde son feuillage, continue de transpirer, et son substrat sèche bien plus vite qu'une pleine terre — surtout s'il est abrité de la pluie par un mur ou un auvent.