Néflier du Japon
Un fruitier à contretemps
Le néflier du Japon, ou bibacier (Eriobotrya japonica), fonctionne à l'envers de tous les autres arbres du verger. Il fleurit en automne et en hiver, de novembre à janvier, et ses fruits — les nèfles du Japon ou bibaces — mûrissent en mai-juin, avant même les cerises. C'est le premier fruit de l'année.
Ce calendrier inversé est à la fois son charme et sa contrainte. Une floraison hivernale parfumée, blanche et discrète, quand plus rien ne fleurit ; mais aussi une floraison exposée au gel, qui décide chaque année de la récolte.
Il faut dire aussi que c'est un très bel arbre, indépendamment de sa production : port arrondi de quatre à huit mètres, feuillage persistant spectaculaire — de grandes feuilles coriaces de vingt à trente centimètres, vert sombre brillant dessus, feutrées de roux dessous. Beaucoup le plantent pour cela seul, et le fruit vient en prime.
À ne pas confondre avec le néflier commun, Mespilus germanica, un tout autre arbre dont les fruits se récoltent en novembre et se consomment blets.
Le gel, qui décide de tout
L'arbre lui-même est plus rustique qu'on ne le croit : un sujet installé supporte des froids de l'ordre de −12 à −15 °C sans dommage au feuillage.
Le problème n'est pas là. Il tient à ce que la floraison et la nouaison se déroulent en plein hiver. Les fleurs sont détruites autour de −3 °C, et les jeunes fruits, encore plus fragiles, autour de −2 °C. Un coup de froid en décembre ou janvier supprime donc la récolte de l'année, sur un arbre qui se porte par ailleurs très bien.
D'où une règle simple : sous nos climats, le néflier du Japon est un arbre qu'on plante d'abord pour son feuillage, et dont la récolte est un bonus des bonnes années. Le vouloir productif suppose de lui offrir le meilleur emplacement possible.
Trois leviers. Un mur exposé au sud, qui accumule la chaleur et la restitue la nuit — c'est ce qui fait gagner les deux ou trois degrés décisifs. Un abri du vent, qui protège la floraison autant que le feuillage. Et l'évitement des cuvettes, où l'air froid s'accumule les nuits claires.
Sol et emplacement
Le néflier du Japon est peu exigeant : il accepte les sols pauvres, caillouteux, même calcaires, et supporte bien la sécheresse une fois installé.
Ce qu'il refuse, c'est l'eau stagnante en hiver. Sur terrain lourd, plantez sur une butte de vingt à trente centimètres et incorporez du gravier grossier dans le trou.
Il lui faut du soleil — c'est ce qui mûrit les fruits et donne leur sucre — et un emplacement abrité. Le pied d'un mur au sud reste la configuration idéale, d'autant qu'elle permet de conduire l'arbre en palissage si la place manque.
Prévoyez quatre à huit mètres de développement en forme libre. La règle des deux mètres depuis la limite séparative s'applique dès que la hauteur adulte dépasse deux mètres.
Un critère qu'on oublie : plantez-le là où vous le verrez en hiver. Un arbre au feuillage persistant brillant, en fleur en décembre, mérite mieux qu'un fond de terrain.
Planter
Le printemps, après les dernières gelées, est préférable dans les régions fraîches : le jeune sujet dispose de toute la belle saison pour s'installer avant d'affronter un hiver.
Creusez large, deux à trois fois le volume de la motte, en décompactant le fond sans apporter de terreau pur. Le point de greffe reste au-dessus du niveau du sol sur les sujets greffés.
Tuteurez à la plantation — le feuillage persistant et les grandes feuilles offrent une prise au vent considérable, et un jeune sujet non tuteuré penche définitivement. Paillez sur sept à dix centimètres en dégageant le collet, et arrosez régulièrement la première saison.
Protégez les deux ou trois premiers hivers : un paillage épais sur la souche et un voile d'hivernage lors des épisodes annoncés suffisent. Passé ce cap, l'arbre se débrouille.
Tailler et éclaircir
La taille est légère, et sa période est dictée par le calendrier inversé de l'arbre : on intervient après la récolte, en juin-juillet, et jamais en hiver, ce qui supprimerait la floraison en cours.
Limitez-vous à retirer le bois mort, à aérer le centre pour que la lumière atteigne les fruits, et à contenir le volume si l'arbre déborde de son emplacement. Il supporte bien la taille et se prête au palissage contre un mur, forme qui améliore nettement la fructification sous nos climats.
L'éclaircissage est le geste qui change la qualité. Les fruits se forment en grappes serrées de dix à quinze ; n'en gardez que trois à cinq par grappe, en supprimant les plus petits. On obtient des fruits nettement plus gros et plus sucrés, et on évite d'épuiser un arbre qui a déjà fourni un gros effort en pleine mauvaise saison.
Récolter
La récolte s'étale sur mai et juin selon les régions. Les fruits sont ovales, de trois à cinq centimètres, à peau orangée duveteuse et chair juteuse, légèrement acidulée, avec de grosses graines brunes au centre.
Le fruit ne mûrit plus après cueillette : il faut donc attendre la maturité complète sur l'arbre. Deux repères : la peau passe au jaune orangé soutenu, sans trace de vert, et le fruit cède légèrement sous une pression douce. Cueillez avec le pédoncule, en coupant plutôt qu'en tirant — la peau est fine et se marque.
La conservation est courte, quelques jours au frais. Le fruit se mange frais, et se prête très bien à la confiture, à la gelée et aux conserves au sirop.
Un point pratique : les fruits mûrs attirent les oiseaux, qui les repèrent avant vous. Sur un jeune sujet, un filet pendant les trois semaines de maturité règle la question.
Composer un verger
Le néflier du Japon tient une place unique : il récolte en mai-juin, avant tous les autres fruitiers, et il fleurit quand le verger dort.
Cette floraison hivernale a un intérêt qui dépasse l'arbre lui-même : elle offre du nectar aux rares insectes actifs lors des journées douces de décembre et janvier, ce qui en fait un complément précieux à nos plantes mellifères, dont la ressource s'arrête en automne.
Pour couvrir la saison, associez-le au reste de la gamme : nos arbres fruitiers prennent le relais de juillet à novembre, nos arbustes fruitiers donnent les petits fruits de juin à août, et l'ensemble du comestible se parcourt dans plantes et baies comestibles.
Son feuillage ample et persistant lui donne par ailleurs une vraie valeur ornementale : il s'intègre parfaitement dans nos compositions à effet exotique, et compte parmi les plantes persistantes qui structurent un jardin en hiver.
Nos néfliers, cultivés à Plessala
Les Pépinières Rouxel cultivent en pleine terre dans les Côtes-d'Armor. Pour une espèce dont la floraison hivernale est le point sensible, un sujet élevé dehors sous un climat océanique arrive acclimaté à des conditions réelles — une différence nette avec un plant produit sous abri ou en climat méditerranéen.
Nous expédions dans toute la France, avec les indications de plantation. Pour le reste du jardin, voyez nos plantes extérieures, et pour partir d'une contrainte de terrain, la rubrique plantes par besoin.
Questions fréquentes
Faut-il deux néfliers du Japon ?
Non, la plupart des variétés sont autofertiles et produisent seules. Un second sujet améliore légèrement la nouaison sans être nécessaire — ce qui est appréciable pour un arbre de cette envergure.
Mon arbre fleurit chaque hiver mais ne donne jamais de fruits.
C'est presque toujours le gel. Les fleurs sont détruites vers −3 °C et les jeunes fruits vers −2 °C, et la floraison tombe en pleine période froide. L'arbre se porte bien, il perd simplement sa récolte. Seul l'emplacement peut y changer quelque chose : un mur au sud, un abri du vent, et surtout pas un point bas où l'air froid s'accumule.
Est-ce le même arbre que le néflier commun ?
Non, ce sont deux espèces sans lien direct. Le néflier commun, Mespilus germanica, est un petit arbre caduc européen dont les fruits bruns se récoltent en novembre et se mangent blets, après les premières gelées. Le néflier du Japon est persistant, fleurit en hiver et fructifie au printemps. Seul le nom les rapproche.