Noisetier

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Un arbuste qui produit sans rien demander

Le noisetier est probablement le fruitier le plus indulgent du jardin. Il pousse sur des sols médiocres, supporte la mi-ombre, résiste au froid sans protection, ne réclame ni traitement ni arrosage une fois installé, et produit pendant plusieurs décennies. C'est aussi l'un des rares fruitiers dont la récolte se conserve des mois sans transformation ni congélation : une noisette sèche se garde simplement dans un sac de toile.

Son autre particularité est d'être un arbuste, pas un arbre. Il forme une touffe de trois à cinq mètres, se conduit en cépée, se rabat sans difficulté, et trouve donc sa place dans des jardins où un fruitier de plein vent serait impossible.

Une précision utile : noisetier et coudrier désignent la même plante. Et le noisetier commun de nos haies produit exactement les mêmes fruits que les variétés cultivées, en plus petit — les sélections de jardin donnent des noisettes plus grosses et une production plus régulière.

La pollinisation : le point à ne pas rater

C'est la seule vraie difficulté de cette espèce, et elle explique la majorité des noisetiers qui ne produisent rien.

Le noisetier porte sur le même pied des fleurs mâles — les chatons pendants, très visibles en janvier — et des fleurs femelles, minuscules touffes rouges de deux ou trois millimètres qu'on ne remarque qu'en cherchant. On pourrait croire qu'il se féconde seul. Ce n'est presque jamais le cas.

Deux mécanismes s'y opposent. D'abord, la plupart des variétés sont auto-incompatibles : leur propre pollen ne féconde pas leurs fleurs femelles. Ensuite, les deux floraisons sont souvent décalées de plusieurs semaines sur un même pied — les chatons libèrent leur pollen alors que les fleurs femelles ne sont pas encore réceptives, ou l'inverse.

La conséquence est simple : plantez au minimum deux variétés différentes, à moins d'une vingtaine de mètres l'une de l'autre. Trois variétés valent mieux que deux, parce qu'elles élargissent la fenêtre de recouvrement des floraisons. C'est le seul investissement qui garantisse une récolte régulière.

Dernier point à connaître : la pollinisation se fait par le vent, pas par les insectes. Elle a lieu en plein hiver, entre décembre et février, quand il n'y a aucune abeille dehors. Il est donc inutile de compter sur les pollinisateurs ici — en revanche, les chatons constituent l'une des toutes premières ressources en pollen de l'année pour les abeilles qui sortent lors d'une journée douce de février, ce qui n'est pas rien.

Sol, exposition, emplacement

Le noisetier accepte à peu près tout : sols argileux, calcaires, caillouteux, pauvres. Il préfère une terre fraîche et profonde, mais s'accommode de conditions bien moins favorables que la plupart des fruitiers. Le seul terrain qui lui pose problème est celui qui reste gorgé d'eau en hiver.

Côté lumière, le plein soleil donne les meilleures récoltes, mais la mi-ombre est parfaitement tolérée — c'est d'ailleurs sa situation naturelle, en lisière et en sous-bois clair. Un noisetier planté au nord d'une haie produira moins qu'en plein soleil, mais il produira.

Prévoyez la place : une touffe adulte occupe trois à cinq mètres de diamètre. Espacez de quatre à cinq mètres entre les pieds pour des sujets conduits librement, trois mètres en haie. Et gardez en tête la règle des deux mètres depuis la limite séparative dès que la hauteur adulte dépasse deux mètres.

Un dernier critère, souvent décisif : plantez à distance d'une terrasse ou d'un cheminement. Les noisettes tombent, les écureuils les emportent et laissent des coques, et le pied émet des rejets qu'il faut pouvoir atteindre.

Planter et conduire en cépée

La plantation se fait de novembre à mars, hors gel. Creusez large plutôt que profond — le système racinaire est traçant et superficiel — décompactez le fond sans apporter de terreau pur, et paillez généreusement sur sept à dix centimètres en dégageant le collet.

La conduite naturelle est la cépée : une touffe de six à huit branches charpentières partant du sol, plutôt qu'un tronc unique. C'est la forme la plus productive et la plus simple à entretenir, parce qu'elle permet le renouvellement progressif du bois.

Le principe de la taille découle de là. Le noisetier fructifie sur les rameaux de l'année précédente, et une branche perd sa vigueur au-delà de six ou sept ans. Chaque hiver, on supprime donc au ras du sol une ou deux des charpentières les plus âgées, et on laisse monter autant de rejets jeunes pour les remplacer. La touffe se régénère ainsi en permanence et ne vieillit jamais.

On profite du même passage pour aérer le centre : un noisetier trop dense produit des noisettes petites et mal remplies, faute de lumière.

Gérer les rejets

C'est le seul entretien contraignant, et il vaut mieux le savoir avant de planter.

Le noisetier drageonne abondamment : il émet depuis sa souche et ses racines superficielles des rejets qui, laissés libres, élargissent la touffe d'année en année et peuvent coloniser plusieurs mètres carrés.

Deux approches selon l'usage. Si vous voulez une touffe contenue, supprimez chaque hiver les rejets qui sortent du périmètre voulu, en les coupant au ras de la souche — sectionnés au niveau du sol, ils repartent plus vigoureux. Si au contraire vous plantez une haie ou un écran, laissez faire : le drageonnement referme les intervalles tout seul et vous économise des plants.

Ces rejets ont par ailleurs un usage. Droits, souples et solides, ce sont les tuteurs et les piquets traditionnels du jardin — le noisetier fournit ainsi gratuitement le matériel dont on a besoin ailleurs.

Récolter et conserver

La récolte se situe entre fin août et fin septembre selon les variétés et la région.

Le bon indicateur n'est pas la couleur de la coque mais l'involucre, cette enveloppe verte découpée qui entoure le fruit : quand elle brunit et que la noisette s'en détache d'elle-même, le fruit est mûr. Les noisettes tombent alors naturellement, et la méthode la plus simple consiste à ramasser au sol en passant tous les deux ou trois jours.

Le séchage est l'étape qui décide de la conservation. Étalez les noisettes en couche mince, à l'abri du soleil direct, dans un endroit ventilé, pendant deux à trois semaines. Une noisette correctement séchée s'entend : le fruit bouge dans sa coque quand on la secoue. Conservées ensuite dans un sac de toile ou une cagette, dans un local frais et sec, elles se gardent six à huit mois sans perdre leurs qualités.

Comptez trois à cinq kilos par pied adulte en bonne année, davantage sur des variétés sélectionnées et bien pollinisées.

Deux concurrents sérieux à connaître. Les écureuils, contre lesquels il n'existe pas de parade efficace — la seule réponse est de récolter tôt et souvent plutôt que d'attendre. Et le balanin, un petit charançon dont la larve creuse le fruit : le ramassage et la destruction systématiques des noisettes tombées prématurément, qui portent un petit trou rond, réduisent nettement la population l'année suivante.

Le noisetier comme plante de haie

Au-delà de la production, c'est l'un des meilleurs végétaux de haie champêtre, pour quatre raisons.

Il pousse vite, atteignant trois mètres en quatre ou cinq ans. Il drageonne, ce qui referme les intervalles sans plantation supplémentaire. Il se rabat sévèrement sans dommage — contrairement aux conifères, il reperce parfaitement sur le vieux bois, ce qui rend la haie rattrapable même après des années d'abandon. Et il nourrit la faune : pollen en février pour les insectes, fruits à l'automne pour les rongeurs et les oiseaux.

Dans une haie mélangée, associez-le aux arbustes à baies, qui nourrissent les oiseaux en hiver, et aux arbustes mellifères, qui prennent le relais au printemps. Un mélange de quatre à cinq essences donne un écran bien plus résistant qu'une haie monospécifique — et le noisetier, planté en fond, apporte en prime la récolte.

Signalons enfin les variétés ornementales : le noisetier tortueux, aux rameaux spiralés très recherchés en bouquet d'hiver, et les formes à feuillage pourpre, qui relèvent du registre des plantes à bois décoratif. Leur production de fruits est plus modeste, leur intérêt graphique bien supérieur.

Composer un verger

Le noisetier occupe une place que peu d'espèces peuvent tenir : il produit en fin d'été, sur un fruit sec qui se conserve, dans une situation où d'autres fruitiers ne donneraient rien.

Il se combine naturellement avec nos autres arbustes fruitiers, qui couvrent les petits fruits de juin à août, et avec nos arbres fruitiers pour les récoltes d'automne. L'ensemble de la gamme comestible se parcourt dans plantes et baies comestibles.

Au pied, ne bêchez pas : les racines sont superficielles et le travail du sol stimule le drageonnement. Un paillage épais renouvelé chaque printemps suffit, et supprime le désherbage.

Nos noisetiers, cultivés à Plessala

Les Pépinières Rouxel produisent leurs arbustes fruitiers en pleine terre dans les Côtes-d'Armor. Pour une espèce aussi rustique, l'intérêt de l'élevage en extérieur tient surtout à la qualité de la souche : un plant formé dehors arrive avec plusieurs départs vigoureux à la base, ce qui permet de construire une cépée dès la première année plutôt que d'attendre trois ans.

Nous expédions dans toute la France, racines protégées, avec les indications de plantation et de pollinisation — un point sur lequel nous insistons, puisqu'il conditionne toute la récolte. Pour une haie complète ou plusieurs variétés, contactez-nous : nous composons l'association de façon que les floraisons se recouvrent. Pour la structure du jardin autour, voyez nos plantes extérieures, et pour partir d'une contrainte de terrain, la rubrique plantes par besoin.

Questions fréquentes

Mon noisetier fait des chatons mais aucune noisette : pourquoi ?

Dans la quasi-totalité des cas, c'est un problème de pollinisation. Soit l'arbuste est seul et auto-incompatible, soit la variété voisine ne fleurit pas au même moment. Les chatons, très visibles, ne prouvent rien : ce sont les fleurs mâles. Plantez une ou deux autres variétés à moins de vingt mètres, et la récolte arrive dès l'année suivante.

Au bout de combien de temps produit-il ?

Trois à quatre ans après plantation pour les premières noisettes, cinq à six ans pour une production significative. C'est plus rapide qu'un arbre fruitier de plein vent, et la touffe reste productive trente ans et plus si le renouvellement des charpentières est fait régulièrement.

Peut-on le rabattre complètement ?

Oui, sans crainte. C'est même la méthode de rattrapage d'une touffe vieillie ou d'une haie laissée à l'abandon : on coupe tout au ras du sol en hiver, et l'arbuste repart vigoureusement depuis la souche dès le printemps. Comptez deux à trois ans avant de retrouver une production. Cette capacité à repercer sur le vieux bois est ce qui distingue radicalement le noisetier des conifères, chez qui le même geste serait définitif.